Des cartes postales de Valenton envoyées pendant la grande guerre

dimanche 3 décembre 2017
par  Martine
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Au hasard des brocantes, des enchères et des ventes de cartes postales, des Valentonnais d’aujourd’hui ont trouvé non seulement des images très anciennes de leur commune mais aussi des courriers envoyés par des soldats à leurs familles. Ces soldats s’étaient retrouvés à un moment donné de la guerre en stationnement à Valenton. Si toutes les jeunes recrues (18-34 ans) n’avaient pas quitté le front en dehors de quelques permissions, les plus âgés étaient censés stationner à l’arrière même s’ils n’y restaient pas très longtemps. Car très vite, ils se retrouvaient engagés dans la bataille, ou bien participaient indirectement aux combats. Lorsqu’ils n’étaient pas sur le front, soit ils faisaient partie des troupes employées à creuser des tranchées pour améliorer la défense du camp retranché de Paris, soit ils assuraient la garde des forts (ici Limeil et Villeneuve-Saint-Georges), soit ils étaient en détachement ou bien affectés au service de place.
Ces soldats cantonnaient à Valenton et étaient logés chez l’habitant ; la loi du 3 juillet 1877 relative aux réquisitions militaires, modifiée le 23 juillet 1912, prévoyait que, lorsque les bâtiments militaires destinés au logement des troupes manquaient, les municipalités devaient recenser tous les logements, établissements et écuries que les habitants pouvaient fournir.
Vraisemblablement, des centaines de soldats cantonnèrent à Valenton pendant la guerre. Selon nos sources, leur présence est attestée à partir de 1916. C’est du moins à partir de cette date que l’on trouve des cartes postales envoyées de Valenton.

Le contenu des missives était parfois bref comme celle-ci :

Vaillant 83 Artillerie lourde
Détachement de Valenton
En détachement à Valenton, je t’envoie une cordiale poignée de mains
André
Adressé à M. Marcel Joublin 10 rue de Chevøreul Paris XIe

La carte pouvait être écrite sur le recto :

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Le Paillis : « 10 mars 1917, Tu verras dans cette rue les voitures que nous conduisons, la mienne est plus en arrière et ne se voit pas. Gros baisers » Signé Maurice.

Mais d’autres prenaient le temps de l’écriture et s’exprimaient plus longuement

Lundi 21 mai 1917

Chère maman et cher petit Robert,

Voici ce qu’il se passe. Nous avons des officiers blessés revenant du front et inaptes, le nôtre n’a qu’un poumon, enfin ils ont l’air très gentils ; ça fait que nous sommes affectés au service de place comme je vous le disais hier. Nous restons ici encore deux ou trois jours et après nous partirons aux environs de Paris ou à Paris même. L’on n’en sait rien. En tous cas nous serons plus tranquilles et ce sera moins dur. L’on parle d’aller du côté de Versailles mais enfin l’on ne sait rien du tout. Vous pouvez toujours m’écrire. En attendant je vais bien et pense que vous allez bien.

Je vous embrasse de tout cœur tous les deux.
Signé A. Aubry

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Sans doute le soldat Aubry faisait-il partie d’un régiment d’infanterie territoriale : parfois ces régiments vont en première ligne, parfois ils sont affectés au service de place ce qui signifie qu’ils sont à la disposition d’un officier ou affecté aux tâches suivantes : transport de matériel, garde des dépôts de vivres ou de munitions, inhumation des morts, garde des prisonniers ou restauration des boyaux.

D’aucuns écrivaient à leur fiancée, soeur, mère ou amie.

Valenton le 23 mai 1917,

Chère Angèle,

Je viens par cette carte vous porter mes meilleurs souhaits de bonne santé et mes meilleurs vœux de bonheur à l’occasion de la Sainte Angèle. Et aussi une bonne santé pour toute votre famille. Nous sommes tenus ici comme de vulgaires bleus. On nous fait faire du service pour prendre le service des places dans les camps d’aviation à partir du 1er juin.

Poignée de main à Eugène, un baiser à Pierrot et à grand-mère et un gros bécot pour vous.

Très tôt l’armée a discerné tout l’intérêt que l’aéroplane pourrait apporter sur un champ de bataille. Toutefois l’avion n’a eu guère de rôle offensif au début de la guerre. Les missions de bombardement étaient plutôt confiées aux dirigeables des compagnies d’aérostiers. L’armée cantonnait l’aviation à des opérations de reconnaissance et d’observation pour régler les tirs d’artillerie. L’organisation de la chasse s’est avérée plus lente et la faveur alla plutôt aux avions de bombardement. C’est la bataille de Verdun qui marqua une étape décisive dans la réorganisation de l’aviation (bombardement, reconnaissance, réglage de tir, chasse).

Certains s’adressaient à leurs anciens collègues :

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Valenton le 10 février 1917

Bien cher camarade

Deux mots pour te faire savoir de mes nouvelles qui sont toujours très bonnes pour le moment et je souhaite que ma carte vous trouve tous les deux en parfaite santé. Je suis rentré à bon port. Ma permission m’a donné un peu le cafard. Enfin il ne faut pas se faire de la bile. Voilà bientôt la fin de la guerre pour rentrer dans son logement avec une petite femme pour faire la soupe.

Enfin mon cher camarade, reçois de ton ami Doudet les meilleures amitiés pour la vie.

Bien le bonjour à tous les collègues du groupe, votre ami Doudet, soldat de la 1ère section du chemin de fer de campagne 1e subdivision à Valenton (Seine-et-Oise).

Comme on aimerait pour le soldat Doudet que ce fut au moment où il écrit, « la fin de la guerre ». Il lui aura fallu patienter pendant près de 18 mois ! L’auteur de la carte postale était un cheminot qui, comme tous ceux qui avaient plus de six ans d’ancienneté, pouvait être mobilisé dans une section de chemin de fer de campagne pour l’exploitation ou l’entretien des voies… Il le fut dans la subdivision de Valenton. Il semble que les collègues à qui il s’adressait fassent partie des cheminots qui avaient été mobilisés à leur poste dans le cadre d’une affectation spéciale.


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